| concours

26.09.2006

je suis venu te dire que je m'en vais...

            Bonsoir à toutes et à tous. 

            Voilà, c’est pour dire que je m’en vais.

            Ce blog m’a servit à m’extérioriser un peu. A dire ce que j’aimais. A partager mes passions. Il tombe en ruine. Il n’existe pratiquement plus. Il souffre trop pour être guérit. Alors voilà, j’ai décidé de faire une pause. Je reviendrai peut-être. D’ici quelques temps. Je sais pas. Mais là, c’est trop. J’ai l’impression que ce blog est tout ridé, comme l’écorce des gros baobabs ou la peau des vieux éléphants.

            Merci à toutes et à tous d’avoir été là, surtout pendant l’apogée de cette page, lors de la seconde quinzaine de juillet. Mais aussi le reste du temps. Merci pour vos commentaires qui m’ont à chaque fois fait plaisir, et de temps en temps touché. Vous êtes des amours. Merci, merci, merci.

            Je vais déménager. Je vais aller habiter dans un studio, loin de l’enfer de cette grande maison. Enfin un peu de Liberté, de solitude. Mon amie, Misanthropie, va pouvoir enlever les boulets que sont ses boucles d’oreilles, et se développer enfin. La solitude. Pouvoir écrire tranquillement. Mais je ne vais pas avoir accès à Internet pendant un minimum deux semaines, à compter de dimanche soir. Je vais donc aussi conclure Nuits et insomnies..., Qui est - lui - totalement terminé.

            Je vous communique l’adresse de mon nouveau blog, Aujourd’hui je pleure, que j’ai déjà créé : http://textescourts.mabulle.com. Il y aura une catégorie qui ressemblera à ce blog, avec mes goûts et mes passions, et puis une catégorie où j’écrirai des nouvelles, des textes. Une autre avec mes avis et commentaires de la vie quotidienne et politique, quelques réflexions sans ambitions, et puis une dernière partie où je parlerai (enfin) de moi et de mon quotidien. Voilà. Quatre parties, pour un équilibre, comme les quatre points cardinaux de moi-même. J’ai simplement écrit l’article de début, mais je le commencerai mi-octobre. J’espère vous voir à cette occasion.

            Merci pour tout, vraiment. A bientôt. Prenez soin de vous. Je ne serai pas là, mais je ne vous oublie pas.

end

01:26 Écrit par Vie, je te veux. Je t'ai toujours voulue. J'ai pas le mode d'emploi... Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |  Facebook |

22.09.2006

Le Vietnam

Capitale: Hanoi
Population: 81 millions d’habitants
Langue officielle: vietnamien
Groupe majoritaire: vietnamien (85 %)
Groupes minoritaires: une cinquantaine de langues dont le khmer, le cham, le thaï, le hmong, etc.
Système politique: République Socialiste

Quelques dates :

1963 : Intervention militaire des Etats-Unis.

1973 : Fin des bombardements aériens américains sur le Nord du Vietnam.

1975 : Fin de la guerre civile. Retraits des troupes américaines.

1976 : Proclamation de la « République Socialiste du Vietnam »

            Le Vietnam, au cours de cette seconde moitié de XXème siècle, a été un pays sans cesse opprimé par les conflits, l’instabilité politique, et la pauvreté. Il a été idéologiquement et politiquement pilonné, torpillé par le capitalisme et le profit. Savoir s’il a résisté est une autre histoire.

            Plus précisément, la guerre d’Indochine, pour l’indépendance du Vietnam est une aberration de l’Histoire. La France est venue au Vietnam - en gros - pour foutre le bordel ; personne ne lui avait rien demandé. En août 1945, le Viêt-minh s'installe à Hanoi et, un gouvernement provisoire de libération nationale est formé avec comme conseiller suprême le nouvel empereur. L'indépendance de la République démocratique du Viêtnam était proclamée par Hô Chí Minh. Bon, très bien. Et après, ça fout tout en l’air. En vertu des accords de Postdam  de juillet 1945, les Chinois occupent ensuite le Vietnam au nord et les Britanniques au sud. En octobre 1945, les troupes du général Leclerc débarquèrent à Saigon (mais pour quoi faire ?) et relèvent rapidement les Britanniques qui ne demandaient pas mieux que de se retirer, étant, eux aussi, aux prises avec leurs anciennes colonies. Des négociations s’engagent entre la France et le Viêt-minh. Déjà, qu’est-ce qu’elle vient faire là, la France ? Colonie ? Vietnam indépendant. Le 6 mars 1946, la France a reconnu la République démocratique du Vietnam comme un « État libre au sein de l'Union française et de la Fédération indochinoise ». Déjà c’est pas possible : Le Viet-minh a engendré l’indépendance un an plus tôt.  Toutefois, le haut-commissaire en Indochine, l'amiral Thierry d'Argenlieu, fait proclamer à Saïgon, le 1er juin 1946, un « gouvernement provisoire de la Cochinchine », ce qui entraîne une protestation du gouvernement vietnamien de Hanoi. De nouvelles négociations se déroulent en 1946, mais elles échouent. Après le bombardement de la ville de Haifong par la flotte française et la riposte des forces du Viêt-minh à Hanoi, commençe la guerre d’Indochine, tandis que Hô Chí Minh entre dans la clandestinité. En 1949, la victoire de Mao Zedong et l'avènement de la République populaire de Chine changent profondément les données politiques de l’Indochine française. Soutenues militairement, les forces du Viêt-minh passent à l'offensive. L’indépendance du Vietnam fut à nouveau proclamée par la France, avec pour chef d’État l’ex-empereur Bao Dai que le Viêt-minh refusa d’accepter. La propagande officielle française propage une étroite collaboration entre Vietnamiens et Français en vue d'un nouvel avenir politique au sein de la Communauté française. Les États-Unis reconnaissent le nouvel État (février 1950), mais accroissent leur aide matériel à la France après avoir constaté l’appui apporté par les Chinois au Viêt-minh (encore une incompréhension !). La défaite française de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954, oblige le gouvernement français à négocier un cessez-le-feu en Indochine. En juillet 1954, les accords de Genève mettent enfin un terme à la guerre et reconnurent l’indépendance du Laos, du Cambodge et du Vietnam partagé en deux à la hauteur du 17e parallèle. Dans le Nord, l'administration du gouvernement fut attribuée à Hô Chí Minh, à la tête de la République démocratique du Vietnam (un État communiste). Un protocole prévoyait des élections générales dans le Sud demeuré occupé par l'armée française et les troupes vietnamiennes de Bao Dai.

            Il faut être pour le Vietminh, même si tout ça est terminé maintenant.

            Pour en savoir plus sur cette immense connerie, vous pouvez visiter le lien suivant : http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/asie/vietnam.htm 

            En dehors de cela, bien que pauvre, mais en cours de développement, le Vietnam est un pays fabuleux. Des paysages à couper le souffle, la Baie d’Along est située à l’est de Hanoi, sur la mer de Chine. Elle est l’incontestable huitième merveille du monde, avec ses centaines d'îles aux formes étonnantes, ses plages et cavernes qui sont nées  de l'érosion. Elles ont ainsi donné forme à ces rochers qui surgissent de la mer. « Ha Long » signifie « le dragon qui descend ». Cette région a donné naissance à de nombreuses légendes : les pêcheurs sont encore persuadés qu'un monstre marin vit toujours dans la baie et sort certains jours de brumes pour se nourrir d'embarcations. La baie d’Along, c’est l’endroit le plus magique du monde. Si seulement je pouvais y mourir… Mais il y a aussi la grandeur de Hoa Lu, surnommée la Baie d’Along terrestre, le Mékong, bien sûr, fleuve merveilleux, les villages des hauts plateaux… Je sais pas trop quoi dire d’autre. Des mots ne serviraient à rien. Le Vietnam, il faut avoir la chance d’y aller. Il faut voir des photos. Aller au Vietnam, c’est mon rêve. C’est une des grandes raisons qui me tiennent vivant : voir le Vietnam. Après, je sais que je pourrai mourir tranquille. Vietnam, Vietnam, Vietnam. J’y pense tous les jours. Tous les jours je regarde des photos, je lis des témoignages concernant la beauté de cette région. Le Vietnam, ce n’est pas seulement une Histoire. C’est aussi un présent. Et malgré la pauvreté, et malgré  C’est des choses à voir, des paysages magnifiques, surnaturels, un exotisme dépaysant, mais je m'y sentirais chez moi, c'est certain, la chaleur des tropiques, les villes et les vélos, le passé qui donne cet aspect si particulier…

            Il faut d’ailleurs que je trouve un drapeau du Vietnam pour l’accrocher dans mon appart…

            J’ai une profonde, une immense admiration pour ce pays. Le Vietnam est grand, le Vietnam est beau. 

Un dimanche à Saïgon

La clarté jaune de nos confusions

 

Les yeux bridés, les yeux fermés

Les yeux bridés, les yeux fermés

Marcher sur des flammes

Au Vietnam

Vingt ans après le sang versé

Vingt ans après le sang versé

Ne vaut plus très cher

En affaire

 

(Indochine, Vietnam Glam)

 

 

Je suis rentré d'Indochine hier matin
J'ai rapporté des dahlias et du jasmin
J'y ai laissé ma jeunesse et ma moto
Je suis rentré d'Indochine

Sur la piste Ho-Chi-Minh j'aurais dansé
En l'honneur du Vietminh j'aurais fumé
Je suis rentré d'Indochine hier matin
J'ai rapporté des dahlias et du jasmin

Je suis rentré d'Indochine et j'ai trouvé
Une vie bien trop facile bête à crever
J'ai déposé mes dahlias et mon jasmin
Je suis reparti j'ai dit salut j'vais voir plus loin

Plus loin c'est toujours l'indo que j'ai trouvé
Partout c'est l'indo ma vie ça on le sait
Et depuis je pars toutes les nuits
Je dépose un dahlia au pied de nos vies

 

(Indochine, Un singe en hiver)

01:22 Écrit par Vie, je te veux. Je t'ai toujours voulue. J'ai pas le mode d'emploi... dans Mots vivants | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note |  Facebook |

17.09.2006

Vivre

            Voici un texte de la série « vivre ». Contrairement à ce que j’ai dit la dernière fois, il y en a encore. Quelques uns.

Les vies d’après (d.m.)

 

Je n’ai pas vu la vie s’éteindre comme s’éteint un arc en ciel

Moi je sais qu’on ne va plus se battre que pour se simples mines de sel

Il parait qu’on a vu le ciel descendre lentement sur la Terre

Il parait que nous allons vivre sous nos parterres de mystères

J’ai vu tous ces grands champs de fleurs être dépourvus de leurs ailes

Parce que le vent et la chaleur ne passent que d’impasses en ruelles

Il parait que le bleu du ciel sera couvert par les nuages

Il parait que l’on sera mort comme vous l’êtes sur des images

C’était juste un endroit magique avec plein de feux d’artifices

Rêver un peu aide à combler tous ces manques de crucifix

Parce qu’aucun Dieu n’existe ailleurs que dans tous nos espoirs

Parce que la mort qui arrive ne nous fait perdre que nos mémoires

 

On saura vivre dans nos rêves

Mais nous marcherons sans trêve

Nos pas vers d’autres combats

Un ailleurs que l’on ne voit pas

 

Il parait que tes ongles noirs auront raison de toutes façons

Il parait aussi que le gris saura couvrir toutes les saisons

On m’a dit que c’était fini qu’on est la retraite du monde

Un peu d’amour dans les loisirs et puis sortir de la ronde 

Le prince charmant est bien parti un jour réveiller le messie

Qui était bien trop fatigué et plus la force d’espérer

Plus rien est blanc dans la maison le vent est gris : je suis en vie

Plus pour longtemps soi-disant : le monde sera bientôt fini

 

On saura vivre dans nos rêves

Mais nous marcherons sans trêve

Nos pas vers d’autres combats

Un ailleurs que l’on ne voit pas 

            Ce texte, je l’avais mis en ligne sur ce même blog dans mon tout premier post, le 6 juin 2006. Mais il n’était là que pour illustrer, en quelques sortes. Il n’était qu’un accompagnement à l’introduction. Même s'il est - je crois - le premier que j’ai écrit en vers (entendons-nous : le premier qui ne soit pas profondément nul et puéril), il est extrêmement important pour moi, ne serait-ce que pour cette raison. Et puis, c’est un texte qui me ressemble. Des vers assez longs, j’aime bien. Mes pensées sont toujours assez longues ; mais finalement, un refrain assez simple, un quatrain de quatre vers, avec simplement une petite subtilité au niveau du nombre de syllabes, puisque le premier et le dernier vers comptent huit syllabes alors que les deux centraux n’en comptent que sept.   

            C’est un texte qui ressemble à la seconde partie (il n’y en aura que trois, d’ailleurs) - « Sempiternelle et effroyable vérité », de mon autre blog Nuits et insomnies… C’est un texte pessimiste.

            Il me ressemble vraiment, ce texte.

            Curieux hasard.

            Oui, pessimiste. C’est juste un texte qui dit que le monde va mourir. Et nous avant.

            Je dois paraître prétentieux putain.

 

            Le pessimisme est inévitable. On a beau se dire que la vie est belle, on a beau se dire que certaines choses valent la peine d’être désirées, certains moments d’être vécus, tout cela n’est plus qu’une immense poubelle dans laquelle nous pataugeons et nous enfonçons un peu plus tous les jours.

            Je ne vais pas extrapoler. Il y a l’autre blog pour ça.

 

            Merci pour votre présence.

23:53 Écrit par Vie, je te veux. Je t'ai toujours voulue. J'ai pas le mode d'emploi... dans Poésie et paroles de chansons | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |  Facebook |

13.09.2006

Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise

            Dai Sijie, Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise, Gallimard, 2000 (le livre existe également en format poche, chez Folio).           

            Dai Sijie est né en 1954 dans la province chinoise du Fujian. Comme l’obligeait le régime de Mao, il est envoyé en rééducation dans le Sichuan entre 1971 et 1974, c'est-à-dire pour travailler dans les montagnes avec les paysans. Lorsqu'il est libéré, il retourne au lycée jusqu'en 1976. À la mort de Mao, il suit des cours d'histoire de l'art dans une université chinoise et vient en France en 1984, titulaire d'une bourse d'étude. Il entre à l'IDHEC, réalise un premier court métrage en Chine, puis tourne Chine, ma douleur (prix Jean-Vigo 1989), Tang le onzième et Le Mangeur de lune. Son roman, largement autobiographique, est adapté de son best-seller de l'hiver 2000, le livre s'est vendu en France à 250 000 exemplaires, a été couronné de nombreux prix et a été traduit en 25 langues… sauf le chinois, la Chine étant encore très réticente à assumer cette partie de son Histoire. Dai Sijie a lui-même adapté son roman en 2002 au cinéma, tourné en chinois, alors que le livre avait été écrit en français. 

            Le synopsis.

            Début des années 70. Chine. Environ vingt ans, Ma et Luo sont envoyés en rééducation. Pratiquement pas de chance de revenir en ville. Début du film, première image : un paysage magnifique de la montagne du Phénix. En théorie. Le film a été tourné au Vietnam. Qu’importe. Et puis le travail. Difficile. Et puis cette fille que les deux garçons rencontrent. La petite fille du tailleur de vêtement d’un village voisin. Luo en tombe amoureux. Stéréotype ? Non. Pas là. Un livre qui se lit d’une traite. Un film qui se regarde avec toute son âme. Il y a d’abord les films. Les films que Ma et Luo vont raconter, à l’oral, aux habitants du village. Et puis le trésors : une valise pleine de livres interdits par le régime. Et là, ils découvrent Dumas, Flaubert, Rolland, Dickens, Kipling, Tolstoï, Dostoïevski, et surtout Balzac. Toute une littérature éminemment subversive et évidemment, absolument interdite. La découverte est inavouable. Luo et Ma travaillent le jour et lisent la nuit… dans le plus grand secret. Il se noue entre les trois héros une complicité à la fois amoureuse et amicale. Luo et Ma puisent dans ces livres leur nourriture intellectuelle et s'initient à l'art de la séduction. La Petite Tailleuse, elle, fait son éducation sentimentale au travers de l'oeuvre de Balzac, l'auteur qu'elle préfère car, dit-elle, "il sait si bien parler de la beauté des femmes". Petit à petit, elle s'éveille à la liberté. Liberté de vivre - elle choisit l'insouciance et la complicité avec Luo et Ma. Liberté de penser - elle apprend à lire et à écrire. Liberté de rêver… bien au-delà des limites permises par le Petit Livre Rouge. Au-delà même de ce qu 'imaginaient Luo et Ma. Liberté d'aimer - elle devient la maîtresse de Luo. Cette soif de Liberté et de vie va pousser la Petite Tailleuse à s’enfuir. Seule. Laissant là passé, ignorance et amour. Elle veut être une femme.

            Vingt ans après…

            Ma qui vit à Paris où il est devenu un violoniste connu, apprend que son village va disparaître sous les eaux libérées du grand barrage des Trois Gorges. Il revient en Chine sur les lieux de sa rééducation. Il y retrouve les principaux personnages de sa jeunesse. À Shanghai, il revoit Luo devenu un médecin réputé. Ensemble, ils évoquent cette période de leur jeunesse. Des souvenirs et des ombres. Le Vieux Tailleur est mort. Le village disparaît sous les eaux. Ni Luo ni Ma n'ont jamais revu la Petite Tailleuse. Ils ne savent pas ce qu'elle est devenue. Ils l’aimaient. La fin est magnifique. Tout dans ce livre est magnifique. Il en est de même pour le film.

            Et elle… Saura-t-elle jamais que son histoire est à l'origine d’un best-seller international et d'un film qui est, en parallèle à une superbe histoire d'amour et d’amitié, une critique de l’oppression culturelle, un formidable hommage à la littérature et à la puissance magique et évocatrice des mots ? Le poids et la force des mots. Le plus grand film depuis longtemps. A acheter. A lire et à relire encore et encore. A voir et à revoir encore et encore.  

            « Nous nous approchâmes de la valise. Elle était ficelée par une grosse corde de paille tressée, nouée en croix. Nous la débarrassâmes de ses liens, et l'ouvrîmes silencieusement. À l'intérieur, des piles de livres s'illuminèrent sous notre torche électrique ; les grands écrivains occidentaux nous accueillirent à bras ouverts : à leur tête, se tenait notre vieil ami Balzac, avec cinq ou six romans, suivi de Victor Hugo, Stendhal, Dumas, Flaubert, Baudelaire, Romain Rolland, Rousseau, Tolstoï, Gogol, Dostoïevski, et quelques Anglais : Dickens, Kipling, Emily Brontë... Quel éblouissement !

             Il referma la valise et, posant une main dessus, comme un chrétien prêtant serment, il me déclara :

            - Avec ces livres, je vais transformer la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde. »

00:12 Écrit par Vie, je te veux. Je t'ai toujours voulue. J'ai pas le mode d'emploi... dans Livres | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |  Facebook |

09.09.2006

Norah Jones

            Norah Jones… C’est une chanteuse que j’ai découverte par hasard. Je sais même plus comment d’ailleurs. Peu importe. J’ai tout de suite aimé, plus que sa musique, son univers. Cet univers calme, feutré, les lumières tamisées, les verres d’alcools qui se reposent sans bruits sur les nappes rouges, la fumée des cigarettes, des murmures, et là bas, sur la scène plus ou moins bleutée, Norah Jones assise au piano, qui nous joue son Cold cold hearth, ou Turn me on… Sa musique est une musique de club. On se souvient de ces endroits dans lesquels on a pu aller à des occasions obscures, ces moments où l’on se rapproche de la vie… Ambiance gainsbarriennes, ambiance de club, quoi. Une guitare, un éventuel son de saxo, éphémère, et le piano. Le piano, indispensable piano. Ambiance bleutée. Noire. Sombre.

            J’aime également beaucoup la voix de Norah Jones. Elle a quelque chose de spécial. Cette musique d’ambiance est parfaite pour des soirées calmes, à deux ou entre amis.

            Il y a à la fois une intensité et une pureté extraordinaires dans cette musique. Je ne sais pas quoi dire plus. Rien ne la décrit.

            Musique de club.

            Piano.

            Voix agréable.

            Arrangements intéressants.

            Morceaux assez courts.

            Paroles magnifiques.

            Composition extraordinaire.

            Des musiques bourrées de subtilités instrumentales, comme le jeu extraordinaire de guitare dans Lonestar, ou I’ve got to see you again.

            Ce n’est pas le genre de musique que j’écoute d’habitude, vous avez pu vous en apercevoir à travers les quelques articles qui parlent de musique de ce blog, mais là… J’aime beaucoup.

            Parfois, écouter certains morceaux de Norah Jones, ça me fait penser aux matins de la nouvelle précédente (Nuits). Quand le jour est déjà levé, mais que tout, et tout le monde est mort, par terre. Ce n’est pas une musique qui réveille, c’est une musique avec laquelle on peut s’endormir, rêver, parler, s’aimer...

    

            Née en 1979 à New York, Norah Jones a pourtant grandi dans la banlieue de Dallas au Texas. Elle est bercée dès son enfance par la musique, notamment la soul et le jazz, grâce à l’influence de sa mère. Elle commence à chanter dans la chorale de l’église à l’âge de cinq ans, se met au piano deux ans plus tard et s’essaye même brièvement au saxophone alto lors su collège. Ayant pu démontrer son talent au lycée, elle s’inscrit à l’Université du North Texas en piano jazz et part à New York une fois son diplôme en poche, en 1999. Après quelques apparitions sur la scène musicale new-yorkaise avec le groupe de funk Wax Poetic, elle crée sa propre formation avec trois acolytes. Le groupe envoie une démo à Blue Note en 2000 et signe rapidement avec la légendaire maison de disques. Le premier  album de Norah Jones, Come away with me, sort en 2002, et remporte un franc succès. Elle revient en 2004 avec Feel like home.

Painter Song

If I were a painter
I would paint my reverie
If that's the only way for you to be with me

We'd be there together
Just like we used to be
Undertneath the swirling skies for all to see

And I'm dreaming of a place
Where I could see your face
And I think my brush would tak eme there
But only...

If I were a painter
And could paint a memory
I'd climb inside the swirling skies to be with you
I'd climb inside the skies to be with you

00:59 Écrit par Vie, je te veux. Je t'ai toujours voulue. J'ai pas le mode d'emploi... dans Musique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note |  Facebook |

04.09.2006

Raconte-moi la vie

Bonjour à toutes et à tous. Je suis désolé pour cette absence de plus d’un mois. En d’août, j’étais en vacances et je n’avais que très peu accès à Internet. Je reviens, donc, pour septembre, avant d’emménager dans mon appartement, où, je l’espère, je réussirai à installer Internet le plus rapidement possible.

            Je suis de retour avec une nouvelle qui parle d’un mec blasé, riche, et qui, pour ne pas s’emmerder, se détruit.

            Merci à toutes et à tous. 

Nuits (d.m.) : troisième nouvelle

 

            Il fait nuit. Il est minuit. Vacances. Je m’emmerde à mourir. Comme d’habitude, d’ailleurs ; il n’y a pas qu’en vacances.

            L’absence de contact avec ceux que j’appelle abusivement mes amis me pèse. J’essaye d’en avoir dès que je le peux.

            Je m’emmerde à mourir. Voir tous ces gens ignorants, qui ne savent que se croiser et parler du temps qu’il fait, ou avoir le courage de se baigner dans cette piscine même pas chauffée. Il n’y a rien, ici. Pas une clope, pas une ligne de coke, pas une bagnole potable. Rien. Des gosses qui jouent au foot avec un ballon pourri. On se croirait dans le fin fond de l’Afrique.

            Il fait nuit.

            En fait, d’un autre côté, cet isolement me fait du bien. Six mois à fréquenter les nuits et la jet-set monégasque et parisienne, sans arrêt. Une semaine de pause, ça fait aussi du bien. Mais quelle pause ! C’est à vous dégoûter de la vie réelle.

            La nuit de la Provence.

            La nuit de la Provence me fait penser à ces nuits calmes et chaudes. Un club intime. Différent de ces grandes singeries dans lesquelles je vais d’habitude. Un club chaud et calme. Une lumière tamisée. Rouge ou bleue. Des tables et des verres qui se posent silencieusement sur les nappes feutrées. Silences et murmures. Du jazz qui s’élève doucement dans le noir. Saxophone. Trompette. C’est la résurrection de Louis Armstrong, de Miles Davis. Ou même d’autres styles. On a envie de faire resurgir la musique de club. On veut voir arriver Lennon nous chanter son Imagine, ou voir Aretha Franklin ressusciter avec son Think.

            Là, non. Même si ces nuits-là sont celles que je préfère, ce sont également celles que je fréquente le moins.

            La nuit, ça me fascine. Cette nuit-là en particulier, où les souvenirs se font beaux, avec les cigales qui frottent leurs ailes et les crapauds qui gueulent, les éclats de voix au loin, le bruit des insectes, les papillons qui tourbillonnent autour de la lumière sous laquelle j’écris.

            La nuit… C’est une nana à qui on fait doucement l’amour, sans lendemain ; c’est ces premières fêtes, ces premiers patins alors qu’on est encore mômes ; c’est ces goûts d’alcool. Vin rouge. Vodka. Champagne. Tu te réveilles le lendemain. Tu t’étonnes de l’appartement plus inconnu que la veille, mais toujours aussi luxueux. Ca et là, sur les canapés, à même le sol, dans la salle de bain, ou allongés dans le vomi, devant les chiottes, des corps endormis, bourrés, cokaïnés, ou les deux, défoncés en tous cas, incapable d’autre activité que cet horrible sommeil médicamenté ; un peu de sang par terre, peut-être le mien, la veille, j’avais du me cogner à un coin de meuble, je tiens pas l’alcool, et à chaque fois, je me remplis de champagne et de vin rouge à je sais pas combien jusqu’au stade inquiétant et méprisant du bain de bouche, et à l’appétissante production personnelle culinaire finale, et puis je me réveille en regardant les quelques autres pas assez défoncés pour pioncer tranquillement sur le marbre rose sur lequel elles se sont faites baiser une bonne partie de la nuit, sur lequel ils ont baisé ces « elles », à tour de rôle. Ces trucs-là me donnent la nausée. Il n’y a que la musique. Se réveiller le matin avec le bourdonnement dans les oreilles d’une musique qui plane dans l’appartement. Epouser Nina Simone, Ray Charles, Norah Jones, Janis Joplin ou Joe Cocker. Toujours Think dans ma tête. Ça m’apaise. Je regarde le ciel. Je regarde la nuit. Loin. Seul. A la campagne. Au plus profond de la France. Loin de ces soirées dans lequel le plus pauvre est quinze fois plus riche que moi. Je me détruis nuit après nuit. L’écriture est un salut. Je sais que je replongerai dans les abîmes de la dégénérescence lorsque le jour se lèvera sur ces montagnes vertes et sèches. Je m’endormirai et j’aurais dans la tête le dégoût si apaisant de ces rêves de corps baisés, gang-bangués, masturbés, sodomisés, pénétré et je ne sais quoi encore, défoncés, cokaïnés, piqués, ecstasiés, alcoolisés, médicamentés, automutilés, scarifiés, cernés, absurdisés, ridiculisés, acculturés, détruits - autodétruits, même - riches, esseulés et endormis, avec, à côté, ces restes de lignes de coke, ces billets de cinq cents qui servaient de paille (entendons-nous : il est bien plus classe de sniffer sa coke dans un billet de cinq cents que dans un vulgaire billet de cinquante euros), ces derniers cachets d’ecstasy, ces capotes, utilisées ou non, ce sperme ici ou là, ces goûtes d’alcool renversées, ces bouteilles, vides ou à moitié, ce désordre sans nom, ces costumes à dix mille, ces robes de soirées Chanel ou Dior déchirées par l’état quaternaire dans lequel vingt ombres de vingt à quarante ans se trouvent lorsqu’elle ne savent plus quoi faire de leur temps ou de leur argent, et de leur cul, quand elles se trouvent encore baisables, quand elles veulent se prouver qu’elles plaisent. Ce n’est pas elles qui plaisent. C’est leur cul et leur sexe. Tout ça n’est qu’un leurre, une illusion de vie et d’amitié, une parodie de plaisir et de sexe, un bonheur par procuration.

            Oui, ça fait pleurer dans les chaumières, ces petits bourges milliardaires qui sont obligés de se détruire pour ne pas s’emmerder. Les pauvres. J’en fais pas partie. Mais c’est pourtant quelque chose qui, sans me faire envie - loin de là - m’intéresse. Je me fais du bien en étant loin de tout pendant une semaine. Mais je n’ai qu’une envie : retourner me détruire. Retourner dans ces trucs de merde dans lesquels j’ai pu m’immiscer. Et j’y retournerai.

            Tu rencontres une fille un peu moins désabusée, un peu moins cynique que les autres, qui a pitié de toi, du beauf que tu es, t’emmène en deux heures à Monaco pour te prêter trois costards de son ex, mais elle a gardé un double des clefs de sa suite, les garçons d’étage de l’hôtel la connaissent, et puis elle fait rien de mal : elle lui pique trois costards, qu’est-ce qu’il y a de mal à ça ? Rien. Il s’en fout. Il le remarquera même pas. Il jette tous ses vêtements tous les six mois.

            Alors la fille, tu la baises plus ou moins bien à l’arrière d’une limousine, plus impressionné par le cuir blanc des sièges que tu t’appliques à pas salir malgré ton état - toi qui n’avait jamais connu mieux, avant cette vie et ses Ferrari, ses Murcielago, que le vulgaire 4x4 BM X5 familial, de parents qui se croyaient riches - que par la pipe magistrale d’habituée qu’elle te taille, pendant que tu t’envois la moitié de la bouteille de champagne, entre deux rails de coke, trois sushi, reposer le tout quand tu sens venir l’orgasme que tu ne vis même plus, et la finir en la remplissant comme il se doit, de t’embrasser comme on embrasse un gosse qui a été gentil aujourd’hui, de sortir de la bagnole, deux connards de photographes qui savent même pas qui c’est mais qui photographient parce que limousine, toi, t’y crois, alors que tout cela est le signe de fait que tu es un looser, cohue, t’entends des voix autour de toi, celle de la fille, « il est avec moi », et tu rentres dans une boîte, elle va se faire baiser par un autre dans les chiottes, et t’es content, t’as gagné une pipe, une baise, de la coke, une cuite, de l’ecsta sous l’effet de laquelle t’as du baiser une demi-douzaine de culs sans tête ou de têtes sans culs, encore un peu de champagne, la visite d’un hôtel à Monaco, l’entrée gratuite dans cette boîte où tu vas essayer de rentrer en baiser une qui a du fric pour qu’elle te paye le taxi, et pour revivre la même nuit que la veille, et trois costard à dix mille. Tu vis pour boire, pour sniffer et pour baiser. Encore que dans ce cas, baiser soit un bien grand mot. Disons, pour remplir. Voilà. Passionnant. Et recommencer. Trouver une fille pas mal, pas trop vieille, trente ans maximum, faire gaffe à la marque de sa robe et de sa bagnole, et si c’est pas une vulgaire Mercedes de location, et alors quitter ce truc dans lequel on lui roulait des pelles en se déchirant sur les Clash, les Sex Pistols, Simple Plan, ou en chantant par réflexe le ringard Un autre monde de Téléphone, ou en lui fourrant les doigts dans la chatte en dansant plus qu’en la faisant jouir sur le vieux Only youuuuuu, on se croirait revenu dans La boum, en stressant pour savoir si Sophie Marceau va se faire rouler une pelle par le mec qui l’a regardé pendant au moins deux secondes. Ridicule. Et pitoyable. Rajeunis de dix ans. Deux préados puceaux qui se roulent leur premier patin. Dix heures du soir. Les vieux vont revenir du resto. Il va falloir ranger.

            Ce soir, je suis loin de tout ça. Loin de toute cette superficialité dégoûtante. Je suis dans la nuit de Mont Ventoux, et j’écris.

 

            Je suis ici parce que je le veux bien. J’ai choisi de venir ici, pour me reposer. Me reposer de quoi ? Je ne sais pas. Peut-être inconsciemment pour me rendre compte que ma vie ne sert à rien, que ce n’est qu’une merde, et que ces nuits passées à me détruire dans la musique hurlante ou dans un vagin inconnu ne sert à rien. Ce n’est qu’une survie. Tout ça me dégoûte. Pourtant, l’envie d’y retourner me presse. Et j’y retournerai. L’écriture est la seule chose capable de m’extasier. La seule chose qui fait que je n’ai pas envie de mourir. Pourtant, mourir ne me dérangerait pas. Je n’existe déjà plus, ma mort ne serait qu’anecdotique.

           

            Les beaufs sont superficiels.

            Les riches sont superficiels.

            Tout ça va me rendre misanthrope.

            Je suis bien, là, seul, face à la nuit et au papier, avec pour seule arme mon stylo. Pas besoin d’étaler la science que j’ai pas, de répondre au questions. Je dis ce que je veux, j’écris ce que je veux. Et puis, la nuit est belle. Celle-là encore plus que les autres. Ca me console un peu de ma vie. Je suis déjà mort. J’ai cessé d’exister quand je me suis mis à avoir de l’argent. Je suis mort le jour où j’ai décidé de vivre. Je jour où je me suis dit que je préférais mourir de jeunesse, d’activité et de folie, que d’ennui et de vieillesse. Mais tout cela, ça ne s’appelle que l’oubli. L’oubli de l’ennui…

11:20 Écrit par Vie, je te veux. Je t'ai toujours voulue. J'ai pas le mode d'emploi... dans Nouvelles personnelles | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note |  Facebook |

31.07.2006

Rapporteur de guerre

            J’ai hésité à faire un article sur Rapporteur de guerre, de Patrick Chauvel, ou sur Qui a tué Daniel Pearl, de Bernard-Henri Lévy. Je n’aime pas vraiment BHL, mais son livre m’a beaucoup marqué. J’ai pris du plaisir à le lire. Mais j’en parlerai une autre fois, car c’est l’essai de Patrick Chauvel que j’ai choisis de vous présenter. 

 

            Patrick Chauvel raconte, dans un livre bouleversant, l’effet que cela fait de danser avec la mort, tous les jours de sa vie ou presque. 

 

            Rapporteur de guerre n’est pas un roman. C’est un essai. C’est édité chez Oh ! Editions.

 

            Reporter d'images, rapporteur de guerre, l’auteur sillonne le monde des conflits depuis près de quarante ans. Il raconte dans son livre les guerres, ou plutôt la guerre. Semblant tirer de ses multiples expériences, une sorte de dure sagesse issue de la violence universelle.

            Patrick Chauvel est journaliste. Son truc, c'est la guerre : la vraie : celle du Vietnam d'abord, puis d'Afghanistan, de Tchétchénie, en passant par le Pérou et les guérilleros du sentier lumineux, l'Iran, l'Irlande, Panama ou Israël. Prendre des photos, encore et toujours. Photos, photos, photos. Il n’y a que ça. Que ça qui compte. Toujours dans le feu de l'action pour mieux risquer sa vie, pour mieux montrer. Les photos, c’est pour montrer.

            Au Panama, en 1989, c’est l’ouverture du bouquin. Il prend une balle. Il agonise pendant des heures sur le bitume, sous les rafales de balles, à attendre, à faire le mort, à souffrir, à sentir ses côtes lorsqu’il passe sa main dans son dos, à regarder son sang couler lentement. A attendre, oui. Attendre la mort. Et puis au Liban. Des miliciens qui l'avaient pris pour un espion israélien le conduisent au peloton d'exécution. Devant la mort il a beau se traiter d'abruti, il a encore et toujours le réflexe de photographier sa propre fin qui ne viendra pas puisqu'il est sauvé par miracle Et les boat people à Haïti, aussi. Il a coulé, avec les boat people. Ou en Afrique, et ce mec avec ce véritable trou dans le crâne, enterré vivant. Et toujours des photos, encore et toujours. Il n’y a que ça. Des photos qui ne prouvent pas, qui ne plaident pas, mais qui témoignent. Le but, c’est de témoigner. Montrer. Montrer aux gens ce que c’est que la guerre. Montrer aux gens ce qu’est le monde dans lequel ils vivent.

            Fils d'un grand reporter au Figaro, Jean François Chauvel, Patrick est élevé par son grand-père, ami de Brassaï et de Kessel. Nourri de reportages et de photos de légende, il part à dix sept ans, couvrir le conflit Israélo-arabe avec un appareil prêté. Il ne reviendra jamais plus de quelques jours à Paris, préférant courir le monde pour rapporter des images qui donnent le frisson, des récits qui glacent le sang. Pas pour le danger, juste pour informer, car dit-il : "je ne veux plus jamais entendre, « on ne savait pas ». Les gens ont les moyens de savoir".

            Patrick Chauvel est à l'évidence un de ceux qui donnent la possibilité d'ouvrir les yeux sur de terribles ailleurs.

            Trente-cinq ans de métier, trente-cinq ans à courir la planète pour photographier la guerre. Publié dans Paris Match, Times Magazine, Life, Newsweek, il a reçu le prix World Press, et est considéré comme l’un des derniers grands photoreporters vivants. Rapporteur de guerre évoque, par année, des souvenirs de conflits : 1967 en Israël, 1972 en Irlande, 1975 au Liban, 1994 en Tchétchénie. À chaque fois, Chauvel part de ses souvenirs personnels pour témoigner de ce qu’il a vu. Cette mise en situation du discours donne une vraie force au récit. Ce sont les balles qui fusent sur le macadam, la mort qui saute aux yeux ; ce sont toutes les injustices de la guerre. À aucun moment, Chauvel ne pontifie. Il ne joue pas la gloriole non plus. Il s’estime chanceux. Chanceux d’être encore en vie et d’exercer ce métier qui est le seul à pouvoir témoigner de la vie des gens au sein des conflits. C’est cette éthique qui transparaît de ce récit, l’idée que le photographe va là où les autres ne peuvent plus aller, et qu’il a pour mission d’être le rapporteur de ces morceaux d’humanité qui échappent aux historiens.

 

            Une préface de Pierre Schoendoerffer nous met en appétit.

            « Le témoin c’est nous. Photographe ou cameraman. Nous sommes au plus près, croisant les grands de ce monde (?!), côtoyant les petits, les modestes, les sans-grades ; ceux qui souffrent toujours et qui marchent toujours, dans la boue, sous les balles. Cigarettes échangées, et parfois, pourquoi pas, un verre de vin rouge miraculeux, comme une petite bougie allumée dans la nuit.

            « Nous sommes des leurs, sans l’être tout à fait. Nous sommes un écho de notre mystérieuse humanité, de la misère et de la grandeur de l’Homme. Et de son incroyable cruauté ! »

 

            Je ne peux pas m’empêcher de vous donner quelques extraits de cet essai extraordinaire, leçon de vie, leçon de courage. On est bien ridicules avec nos emmerdes quotidiennes, avec nos mauvaises notes, nos examens ratés, nos séparations du ou de la petit(e) ami(e), nos problèmes de je ne sais pas quoi, toutes ces choses dérisoires. Ce n’est pas parce que nous avons des problèmes personnels qu’il faut être malheureux, mais bel et bien parce que l’on se rend compte du monde dans lequel on vit. Les problèmes personnels viennent après. Même si, égoïstement, on s’en rend pas trop compte. Voici de quoi nous remettre les pieds sur Terre, de temps en temps.

 

            « Touché !

            Le sursaut. Le choc. Je tombe sur les genoux, heurtant le bitume de Panama City.

            D’un geste lent, je lève mon appareil photo.

            ’’Presse ! ne tirez pas !...’’

            Les balles claquent sur le macadam autour de moi ; le col de ma veste et une manche éclatent.

            J’aperçois sur le mur derrière moi un morceau de chair sanguinolente qui glisse doucement, entouré d’impacts. Je tombe au sol. Une balle fait voler l’asphalte tout près de ma tête en me coupant la joue. Essaye de bouger… Mes jambes sont paralysées. Je trouve un refuge dans la grimace. Mais qui tire ?

            Plus loin, je distingue les corps des deux autres photographes. Les balles ricochent autour d’eux.

            L’espagnol Juanxu Rodriguez, correspondant d’El Pais, est immobile, l’appareil photo près de sa tête baignant dans une flaque de sang où se reflète le beau soleil de ce 21 décembre 1989…

            Une balle dans la tête. Mort.     

            A quelques mètres, l’Anglais de l’agence Reuter, Malcolm Linton, blessé à la jambe, n’ose plus bouger. Il fait le mort pour vivre, survivre à tous prix. Ses yeux sont ceux d’une bête traquée.

            […]

            Une douleur brûlante qui me déchire le ventre me ramène à la réalité. Je ne me fais aucune illusion sur mon sort et, après un moment de stupeur, je cède à la curiosité. Je soulève mon tee-shirt : un tout petit trou d’où perle une légère goûte de sang, ridicule, mais terriblement précis, juste à droite du nombril. Les tripes, ça pardonne rarement. Je le sais, tout le monde le sait. Une autre douleur se signale ; elle vient du dos. Doucement, je tâtonne ; ma main s’enfonce de moitié sur toute la largeur et touche quelque chose de dur qui provoque une douleur fulgurante. Je la retire comme si j’avais été mordu par un serpent. Une côte ! C’est une côté que je viens de toucher ! Je reste atterré par l’énormité de ma blessure.

            « Je vais mourir ! »

            Ca fait un drôle d’effet de s’entendre murmurer cette phrase. Moi qui ai tant dit « il va mourir », le conjuguer à la première personne… » 

            Ce livre se lit vite, très facilement, et permet de comprendre la raison pour laquelle certains risquent leur vie dans le but de se souvenir. On pense différemment après. J'aurais aimé avoir cette vie-là. Une vie de rapporteur de guerre. Prendre des photos. Allez là où il y a la guerre. Oui. Une vie comme ça, ça m'aurait vraiment plu...

00:20 Écrit par Vie, je te veux. Je t'ai toujours voulue. J'ai pas le mode d'emploi... dans Livres | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |  Facebook |